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Interview (seconde partie)
BSG.com : [...] En écoutant les commentaires et les interviews on a l'impression que le plan des Cylons (comme l'histoire de Caprica) a été écrit à la volée. Avez-vous un plan pour écrire le plan ?
RDM : Je commence par des bases et des idées générales. J'avais une idée générale quant à la forme lorsque l'on a commencé à écrire les six premiers épisodes, mais j'étais d'accord pour changer le plan en cours de route. J'ai toujours essayé de garder un esprit ouvert au cas où une meilleure idée arrivait subitement. D'un autre côté, l'histoire de Karl C. Agathon est un bon exemple de ce qui peut arriver si vous décidez simplement de laisser-aller. Non, je ne savais pas dans quelle direction cette histoire partait, mais le processus de découverte fut drôle et on est bien tombés.
BSG.com : Cette série semble organiser ses histoires sur une base de saison par saison et l'écriture est plus organique et plus improvisée que disons,
Babylon 5. Avez-vous l'impression que la manière dont cette série est diffusée (avec tous ses financements par réseaux et la variabilité de la longueur des saisons) restreint quelques-unes des histoires à long terme que vous voudriez raconter ? Ecririez-vous cela différemment si on vous garantissait un nombre fixe d'épisodes au cours de plusieurs saisons ?
RDM : Je peux dire honnêtement que nous organisons la série de la meilleure des façons. Le rythme de notre histoire convient à mes goûts et sensibilités et je suis très content des résultats [...].
BSG.com : Walt Kelly's Pgo a utilisé la phrase «
L'ennemi, c'est nous » dans sa campagne des années 1970 contre les ordures et récemment David Eick (4) l'a cité en tant que thème dans la longue histoire du Pegasus. Certaines des critiques les plus vivaces proclament que cette notion encourage une attitude du «
Accusez l'Amérique » ou une sorte de couverture anti-américaniste. Quel message est censé délivrer ce concept tandis que nous nous approchons de la seconde moitié de la saison 2 ?
RDM : La référence se situe dans le fait que les êtres humains sont souvent leurs propres ennemis. Dans le contexte de la série, cela signifie que les véritables défis auxquels ces personnes sont le plus souvent confrontées ne viennent pas de balles, mais de l'intérieur. Je continue d'être impressionné par le fait que l'on soit si facilement assimilé à des termes tels que « anti-américain » de nos jours par ceux de la droite. C'est presque, disons... anti-américain !
BSG.com : Cette série semble appeler à la controverse et à pousser les choses à bout. Dans 01x01 « 33 » il y eut une bataille pendant la production quant au fait de montrer ou non les Coloniaux faire feu sur un vaisseau civil avec des gens à bord. Dans le commentaire audio pour 02x07 « Home 2/2 » vous expliquez ne pas avoir tenu compte du politiquement correct quant à certains échanges entre Tyrol et Adama. Il y a eu d'autres scènes controversées cette saison telles que l'examen vaginal de Kara dans 02x05 « The Farm », Adama qui noie un bébé dans 02x01 « Valley of Darkness » et l'agression sexuelle sur Sharon dans 02x10 « Pegasus ». Jusqu'à quel point la créativité doit-elle lutter contre des questionnements pratiques comme la réaction des téléspectateurs ?
RDM : Nous créons une série pour adulte. Je pense que la grande majorité des gens regardant notre série savent le genre de choses que nous faisons. Je pousse la série aussi loin que je le juge nécessaire et je me bats pour maintenir la vérité jour après jour. J'ai tenu à chacune des scènes que vous avez citées pour des raisons créatives et je me battrai de nouveau encore et encore si j'avais le choix [...].
BSG.com : La série originale a fait
Shane,
Guns of Navarone et
The Dirty Dozen. C'est moins évident cette fois mais il y a tout de même quelque chose du rêve du film étudiant. Il y a eu de nombreuses références (thématiques ou autres) à des films tels que
Sink The Bismarck,
Brubaker,
Black Hawk Down,
Blade Runner,
Patton,
Peckinpah et
Flight of the Phoenix. J'ai récemment vu le thriller politique d'Otto Preminger
Advise and Consent et ça sentait le précurseur de 01x11 « Colonial Day », avec ce président mourant, une histoire secondaire autour d'un cadavre et un vote serré de dernière minute concernant le candidat choisi par le président. Jusqu'à quel point êtes-vous conscients de ces références ?
RDM : Les équipes de scénaristes sont remplies de gens qui regardent beaucoup la télévision et les films et donc de références constantes, certaines conscientes, d'autres non. Concernant les exemples que vous citez à la fois dans le procédé de discussion et dans les scénarios eux-mêmes (sauf pour Advise and Consent dont j'ai entendu parler mais jamais vu). Les scénaristes aiment parler des sujets et des personnages en faisant référence à d'autres travaux, ainsi qu'en parlant de leurs propres expériences, et au final, il y a toujours des blagues transparentes et des hommages à nos films et séries télévisées préférés, tout au long de notre travail.
BSG.com : Vous n'êtes pas seulement le gars de
Star Trek, vous êtes aussi le gars des Klingons avec vos scripts à thème klingons pour TNG et DS9 (5). Les Klingons sont devenus une part importante dans la culture
Star Trek et vos histoires ont généré beaucoup d'attention à ce sujet. Qu'y a-t-il chez les Klingons qui vous attire sans cesse vers eux ?
RDM : La première « vraie » histoire klingon que j'ai écrite fut « Les Pêchés du Père » et je me rappelle avoir été très intrigué et excité par le fait que nous en savions si peu sur une des cultures essentielles dans l'univers Star Trek. Le mot « Klingon » venait d'entrer dans le lexique américain et pourtant leur terre natale n'avait même pas de nom. J'ai commencé à adorer la culture que j'ai (essentiellement) créé en naviguant entre différents sujets établis dans la série Star Trek originale, les films, et le peu d'épisodes qui parlaient d'eux dans TNG et j'ai saisi l'opportunité de vraiment définir leur société. Au plus je m'avançais dans Worf et les Klingons (racines, religions, société), au plus je commençais à expérimenter quelque chose de similaire à l'écrivain qui cherche à approfondir le passé d'un personnage secondaire et découvre quelque chose de presque plus intéressant que le livre lui-même.
BSG.com : On approche désormais du second anniversaire de la diffusion de la mini-série. Pensez-vous avoir réussi ce que vous souhaitez accomplir avec BSG ?
RDM : Pour être honnête, nous avons accompli plus que je n'aurais pu l'espérer en deux ans. J'ai toujours cru en ce que nous faisions, toujours cru que ça allait marcher, mais si vous m'aviez dit en 2003 qu'en 2005 le Time nommerait la série numéro un à la télévision, je n'en aurais pas cru un mot.
Notes tierces :
(1) Starbucks est une chaîne de cafés états-unienne.
(2) On peut dire d'une personne qu'elle est le deus ex machina si elle vient arranger un problème au dernier moment. (
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(3) Les soap operas sont les feuilletons quotidiens d'après-midi des pays anglophones. Ils durent parfois plusieurs décennies et peuvent atteindre plusieurs milliers d'épisodes. (
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(4) David Eick est le producteur exécutif de
Battlestar Galactica.
(5) TNG signifie
The Next Generation et DS9
Deep Space Nine. Il s'agit de deux spin-off de la série
Star Trek originale.