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Localisation : La Croupe de Feu
Mar 01 Jan 2008, 21:25:17
I. Présentation et Saison 1 (6 épisodes x 29 minutes) :
Le quotiden au bureau dans une banlieue anglaise, à Slough près de Londres. David Brent dirige l'antenne locale de Wernham Hogg, entreprise qui produit et vend du papier. De là la satire acerbe mais tendre, du monde du travail et plus particulièrement de la vie de bureau. Créée par Ricky Gervais (David Brent) et Stephen Merchant pour la BBC, le show est devenu culte un peu partout dans le monde. De nombreuses personnes s'étant reconnues à travers les personnages. Filmée comme un reportage avec interviews des participants, The Office a fait de nombreuses émules et adaptations, la plus intéressante d'après les critiques est la version américaine (que je n'ai malheureusement pas encore vue), car elle a su s'écarter intelligemment de son modèle pour s'adapter à la culture américaine et proposer autre chose.
Comment parler de The Office sans parler de David Brent ? Personnage plus vrai que nature, interprété avec brio par un Ricky Gervais énorme de talent, incarnant à merveille un petit patron incompétent, sexiste, miéleux et veule. Le beauf anglais dans toute sa splendeur, c'est à dire pas si éloigné que cela du nôtre.
The Office, c'est aussi tous ces petits moments de solitude qui semblent capturés à l'insu des participants, ces regards gênés pris sur le vif (notamment suite aux blagues pas drôles de Brent qui tombent à plat), cette honte sur les visages des collègues qui n'osent pas lever les yeux... ces moments qui sont d'ordinaire coupés au montage pour accroître le rythme et la dynamique forment au contraire ici presque tout le sel. Le concept pourrait presque être "que se passerait-il si on laisse tourner la caméra en laissant les gens s'enfoncer dans leur médiocrité de tous les jours au boulot ?" Tout ça est plus vrai que nature, ça transpire de situations glauques qu'on-a-déjà-tous-vécu, dans un boulot chiant, aux patrons plus ou moins incompétents, aux petits chefs voulant se montrer plus importants qu'ils ne le sont. Un concentré du quotidien au travail dans tout ce qu'il a de plus ennuyeux, absurde et pathétique, entouré de bêtise à tous les étages.
"Dutch girls must be punished for having big boobs."
II. Saison 2 (6 épisodes x 29 minutes) :
C'est extraordinairement bien équilibré. La série aurait pu se complaire dans un humour cynique mordant, or depuis le début ce n'est pas du tout le cas. Il y a derrière ça une mélancolie latente et la grisaille d'un quotidien morne, c'est finalement plutôt doux-amer... On a certes de franches rigolades, mais souvent un sentiment plus trouble se fait sentir, une sorte de gêne à retardement (était-ce drôle ou était-ce pathétique ?). On a tous plus ou moins reconnu certain(e)s de nos collègues dans ces personnages, voire nous-mêmes. Nos petites bassesses, nos lâchetés de tous les jours... croire qu'on peut quitter sur-le-champ un boulot qu'on déteste, mais finalement réaliser qu'on finit par courber l'échine, jusqu'à craindre de perdre le taff lorsque les menaces de licenciements se font plus concrètes.
La relation de complicité entre Tim et Dawn est écrite et interprétée à merveille, d'une finesse d'observation sans égale. On est ici dans le filigrane de la comédie sentimentale, ça m'a énormément fait penser à The Apartment de Wilder pour le ton qui m'a paru très proche, sans compter la même description d'une certaine solitude urbaine.
Spoiler :
On l'attendait tous : la scène du "kiss" est tout simplement magique. Celle du "hug" l'est tout autant. La forme est utilisée avec brio (esthétique docu, les simili-interviews), donnant au coup de tête de Tim une saveur particulièrement intense. Même si Tim arrache son micro, on n'a pas envie de les déranger dans un tel moment, comme si la caméra restait en retrait, pleine de respect, comme pour leur rendre leur intimité. La séquence est un chef-d'oeuvre de délicatesse.
Ce n'est hélas pas comme dans les films, où le "Grand Gesture" de l'un fait céder le pas à l'autre. Les amoureux sont ici rattrapés par la réalité, par les obligations, par cette lâcheté qui nous pousse à la facilité.
Derrière la moquerie envers tout ce petit monde, l'humanité des personnage fait surface. Même David Brent devient touchant. Chapeau Ricky Gervais. La série pourrait presque s'arrêter là, sur le constat amer, sur la désillusion, sur ce quotidien cruel qui nous rattrape tous. Mais on s'efforcera demain de ne plus y penser en retournant au bureau.
III. Christmas Special (2 épisodes x 45 minutes) :
Je ne sais pas si ce double épisode était prévu au départ, il est presque dispensable tant le reste de la série aurait pu s'en passer tout en restant cohérent. C'est cependant une réussite. Comme un cadeau (de Noyel) fait aux fans, pour conclure la série, pour fermer les arcs autour de ces personnages qu'on avait laissé avec regrets.
Le clip est tordant ! *If you don't know me by now.* Fou-rire assuré. On retrouve d'ailleurs David Brent dans une situation pas très enviable, plus seul que jamais, encore plus pathétique qu'à l'ordinaire, cachant difficilement son insatisfaction et ses échecs derrière sa jovialité apparente et sa philosophie de contoir.
Spoiler :
Cela permet néanmoins une satire amusante à propos des "stars" déchues ou célébrités d'un jour ("vues à la télé"), qui font la tournée des supermarchés ou se donnent en spectacle dans les boîtes de nuit. La déchéance des has-been qui tombent dans l'oubli et le sordide.
Ses nombreuses visites au bureau le confirment. Il regrette son ancien job, ses collègues lui manquent bien plus qu'il ne manque à ces derniers. David Brent est un clown pathétique en mal d'amour, vantard, maladroit et transpirant de fatuité mais par ailleurs profondément attendrissant et humain. La fin lui réserve pourtant un sort optimiste.
Cette fin clôture "proprement" les diverses histoires sur une note généreuse et optimiste. Mais ce series finale ne nous épargne pas les couleurs mélancoliques qu'on ressentait quand même auparavant, voire même davantage ici. On sent le passage du temps, la lassitude, la nostalgie de ceux et celles qui nous manquent (emportés par le turn-over) et dont on regarde le siège vide (ou le remplaçant) avec tristesse, dans cette ambiance de bureau déprimante, faite de sonneries de téléphone et de bruits de photocopieuses.
Spoiler :
Quant à Tim et Dawn, on espérait un dénouement heureux, on le voyait tellement venir qu'on ne s'attendait pourtant pas à être ému de la sorte. On peut définitivement voir la série comme une comédie sentimentale écrite autour d'eux, et enrobée d'une satire de l'univers des bureaux. Ça se termine en cadeau pour nos coeurs de midinettes, sur un geste émouvant d'attention.
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Dim 06 Jan 2008, 15:56:12
Je ne connais que la version ricaine. Pour l'instant. De ce que j'en sais, la première saison marche dans les traces de la version UK, mais dans les saisons suivantes s'en dégage. _________________ Making people feel good is a natural talent of mine...
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Dim 06 Jan 2008, 22:57:52
Maiky a écrit :
Je ne connais que la version ricaine. Pour l'instant. De ce que j'en sais, la première saison marche dans les traces de la version UK, mais dans les saisons suivantes s'en dégage.
La version US commencerait à s'éloigner dès le 1x02, mais je ne pourrais pas te le confirmer vu que je suis comme toi, mais dans le cas inverse (je ne connais que la version UK). _________________ You said that humanity never asked itself why it deserved to survive... Maybe you don't.
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Ven 22 Fév 2008, 22:23:56
A fini la S1.
My Gods, en fait les deux versions n'ont rien à voir. L'édition rosbeef est d'un glauque... Si ce n'étaient les critiques et les reprises, j'aurais abandonné avant la fin du premier zode.
Mais c'est là le but du jeu, nous tester. C'est pas peu dire avec David Brent. Le personnage me donne littéralement envie de vomir, je n'éprouve aucune sympathie, aucune pitié. Ca va vraiment au bout de la chose, ça n'offre pas de rédemption.
A l'inverse l'édition US remplit plus son rôle de comédie. C'est là la majeure différence dans l'adaptation au public américain.
Michael Scott est un boss aussi lourd à gérer, mais cela à travers une personnalité plus enfantine et immature.
Son bras droit est joué par Rainn Wilson, qui offre aussi un talent plus comique au rôle.
Jim et Pam, enfin, offrent une approche beaucoup plus attractive du couple principal que Tim et Dawn, grâce au temps qui leur est consacré. Les pauvres rosbeefs n'ont en effet guère eu beaucoup de temps pour développer leur relation...
Bref, l'édition US mise plus sur un comique plus traditionnel, plus facile au spectateur et même parfois caricatural, mais cela n'empêche pas cette version d'approfondir plus ses personnages, leurs relations, et les thèmes traités.
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Dim 24 Fév 2008, 16:16:28
Je ne peux que t'encourager à voir la saison 2 (et puis tant qu'à faire le xmas special qui offre une belle bulle d'oxygène dans sa conclusion), car il y a quand même une forme de rédemption et une certaine tendresse qui apparaît envers les personnages, fussent-ils irrécupérables comme Brent.
En même temps je comprends que ça n'ait rien à voir avec la version ricaine (toujours pas vue), c'est forcément plus mordant et acide ici, alors que les ricains sont souvent de tempérament plus optimiste. Ils savent bien écrire les histoires d'amour également. Là c'est un humour anglais, donc logiquement avec des teintes plus grinçantes, plus douces-amères... un peu à la manière d'un Brazil (même si Gilliam est ricain) avec un double effet (après le rire/sourire, le pathétique de la situation et la médiocrité de tout un chacun reprennent le dessus - pathétique qui renvoie à notre propre quotidien bureautique absurde).
Et puis tu verras que les rosbeefs savent eux-aussi écrire les histoires d'amour. Pas à la manière des ricains mais d'une manière différente, plus contenue mais peut-être pas moins riche pour autant. Dans les suppléments, un des deux créateurs parle d'histoire d'amour façon époque victorienne, avec ses convenances, son carcan d'inhibitions et ses non-dits... je crois que l'image est bien adaptée. A ce titre la scène de déclaration à la fin de la saison 2 est d'une puissance magistrale, digne des plus grandes scènes de cinéma et je ne déconne pas... d'une subtilité vraiment touchante dans sa conception et sa forme (je n'en dis pas plus mais la forme docu est utilisée à merveille et pleinement justifiée, pour un moment unique et magique). _________________ You said that humanity never asked itself why it deserved to survive... Maybe you don't.
Maintenant, je suis curieux de voir l'édition FR, mais je crains que je concept frise l'inadaptable à la culture française... Fingers crossed.
J'ai bien aimé la version française, c'était assez soft, avec beaucoup de comique de situation avec François Berléand (dans le rôle du patron), je crois que la version française était calquée sur la version américaine.
Dommage que Canal Plus n'ait pas reconduit la série, surtout que la série était écrite par Nicolas & Bruno (tous deux responsable des excellents Messages à Caractère Informatif de l'époque NPA).
Pour ma part j'adore la version américaine (quel talent ce Steve Carell ). J'essayerai de regarder la version anglaise un de ces jours.
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Mar 26 Fév 2008, 12:39:55
J'ai déjà entamé la S2, j'attends juste de la finir pour donner mes impressions.
Concernant les histoires d'amûûûûr, Harry, tu me fais saliver... Je suis un grand fan de Lost in Translation, qui bien qu'étant américain présente cette sorte d'amour platonique... _________________ Making people feel good is a natural talent of mine...
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Ven 29 Fév 2008, 0:28:05
Pour défendre un peu Brent, il convient de souligner que même si celui-ci semble irrécupérable tellement il accumule les tares, il n'est pas fondamentalement méchant. Au fond il ne cherche qu'à être populaire, à être aimé ou admiré, à paraître cool... son comportement est finalement très humain.
Maiky a écrit :
J'ai déjà entamé la S2, j'attends juste de la finir pour donner mes impressions.
Concernant les histoires d'amûûûûr, Harry, tu me fais saliver... Je suis un grand fan de Lost in Translation, qui bien qu'étant américain présente cette sorte d'amour platonique...
Petite digression : si tu aimes Lost in translation je te recommande chaudement Picnic at Hanging Rock de Peter Weir, film d'après lequel s'est inspiré celui de Sofia Coppola. Un film fascinant et onirique sur la féminité et les forces de la nature (toutes deux évanescentes et insaisissables), baignant dans une ambiance de mystère, de poésie et de surnaturel. _________________ You said that humanity never asked itself why it deserved to survive... Maybe you don't.
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