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Dim 13 Jan 2008, 22:20:36
Suite à une intervention dans un autre fil ("Projet Phoenix"), je me dis qu'il vaudrait mieux écrire un fil "spécialisé" sur l'art et la manière d'écrire un scenario.
Sans entrer dans les détails sur tous les métiers du cinéma, il faut signaler que l'approche des métiers du cinéma en général est très variable selon que l'on se trouve aux Etats-Unis ou en Europe, ou même aux Indes. Pour ma part, je privilégie l'approche américaine, qui a largement fait ses preuves tant dans le domaine strictement "spectaculaire" que les domaines plus "intellos".
Il va de soi que ce travail demande avant tout beaucoup de culture, de sens de l'observation, et bien entendu, d'imagination. Si vous souhaitez éviter de faire inconsciemement des redites, il est évident qu'il est indispensable de se définir un genre privilégié, ou même de se choisir des "registres" privilégiés, et ensuite, de développer, si ce n'est déjà fait, une culture très étendue en rapport avec votre choix de genre et de registre, tant dans les domaines littéraires, que cinématographiques et télévisuels. Il est évident que cette remarque reste valable si vous souhaitez écrire des "remakes" de qualité! Ainsi, si vous avez choisi le genre "science-fiction", encore vous faut-il définir le registre: drame, "space-opera", "space-thriller", horreur, ?????
Vous constaterez plus bas que votre registre dépendra le plus souvent du message que vous souhaitez faire passer. Il vaut mieux éviter de baser l'entièreté de vos raisonnements sur ce que vous souhaitez provoquer chez le spectateur, cet aspect étant avant tout un "effet" du message que vous tentez de faire passer. En effet, commettre cette erreur amène le plus souvent à produire des films riches en effets spéciaux, sonores et visuels, mais très pauvres dans le fond.
Veillez à développer un style littéraire concis et épuré: un scénariste n'a pas l'écriture de romans pour vocation.
Cela peut varier selon les "écoles", mais en principe, ce n'est pas au scénariste d'aller trop loin dans l'écriture des dialogues et la description des décors. Toutefois, il est évident que pour le développement même de l'histoire, le scénariste a réellement besoin d'avoir une idée relativement précise des dialogues et des actions qui vont orienter le contenu visuel. A ce titre, n'oubliez jamais que ce sont les dialogues et les actions qui doivent orienter le contenu visuel, et non le contraire; j'entend par là que ce n'est pas ce que vous voulez faire voir qui doit orienter les dialogues et les actions, autrement, je vous conseillerais de plutôt faire des reportages, qui eux aussi nécessitent des "mini scénarios"...
N'oubliez pas qu'un scénario consiste avant tout en l'établissement d'une succession de scènes, elles-mêmes constituées prises de vues et de plans de coupe, qui souligneront le poids de vos dialogues, de vos personnages et des actions de ces personnages. Un scénario ne peut pas être guidé par les dialogues en premier, et les scènes ensuite (ce sont deux niveaux différents, puisqu'un dialogue est un élément constitutif d'une scène)!
Un fois que vous vous êtes "trouvé", vous pouvez passer au travail proprement dit, qui comporte plusieurs étapes:
1ère étape:
Après avoir longuement cogité, il est fortement recommandé de construire le résumé de ce que vous voulez faire passer comme message, en une seule phrase, la plus courte possible.
Cette phrase a une utilité multiple:
- vous gardez la cohérence de votre récit
- vous jetez plus aisément les bases de votre synopsis, étape fondamentale du développement de votre scenario.
- vous vous permettez à vous-même d'appliquer la méthode du travail par fiche. Chacune de vos fiche contiendra une scène, ses intervenants et leurs dialogues. Nous entrerons dans les détails de cette méthode un peu plus bas.
2ème étape:
Il est maintenant temps d'écrire le synopsis. Il s'agit d'un travail de quelques pages, qui constitue l'approfondissement de la phrase qui vous a permis de bien définir votre message. Ce synopsis ne comporte pas de description de décors, de dialogues, ou de personnages précis.
Vous définissez les tenants et les aboutissants de votre histoire, en charpentez le déroulement, en définissez le début et la fin, dans l'ordre chronologique exact en termes de "dates", mais pas forcément en termes de montage (nous verrons plus tard pourquoi).
Ce synopsis n'est pas à confondre avec le résumé, qualifié de synopsis, que les critiques cinématographiques mettent à la disposition des spectateurs potentiels.
3ème étape:
Après avoir validé votre synopsis avec vos partenaires éventuels, vous pouvez maintenant passer à l'écriture du scénario proprement dit.
Il s'agit de l'étape la plus lourde.
- Commencez par définir vos personnages, leurs traits de caractères et leur raison d'être. Pensez aux spectateurs: il vaut beaucoup mieux limiter le nombre de personnages principaux à une dizaine... Ils vont en effet participer à diverses intrigues, qui risquent de devenir beaucoup trop complexes pour vous-mêmes et les spectateurs, s'ils sont trop nombreux. En outre, même pour une série télévisée en plusieurs épisodes, le temps est compté!
- Définissez les lieux et champs d'action, leur ambiance, et leur raison d'être. Puisque le temps d'un film est compté, rien ne peut être inutile, ou exister pour la simple beauté de l'art.
- En gardant votre phrase-résumé et votre synopsis bien en tête, commencez à rédiger les scènes. Dans votre scénario, il n'est pas de votre ressort de définir les plans de coupe et le type de prise de vue.
Je vous parlais tout à l'heure de la méthode d'écriture par fiche; cette méthode consiste à écrire chaque scène sur une fiche. Vous écrirez ces scènes dans leur ordre chronologique et non leur ordre de montage. Chaque scène, et les dialogues qu'elles comportent, doit être en rapport (relativement étroit, mais il est clair que vous avez une certaine latitude) avec votre "phrase-résumé", votre "Leitmotiv".
Quand vous aurez écrit toutes vos scènes sur des fiches distinctes (n'oublez pas de les numéroter pour pouvoir reconstituer l'histoire dans son ordre chronologique exact!), vous vous apercevrez que vous pouvez très facilement travailler avec des flash-back en intervertissant les scènes, et ce sans perdre le fil!
Cette méthode, malgré certaines contraintes, s'avère très souple; outre la manipulation aisée des flash-back, elle permet de retirer aisément certaines scènes sans compromettre la cohérence de l'histoire, ce qui peut être très utile si vous avez un film trop long!
Voilà, j'espère que ces quelques renseignements vous seront utiles. Vous pouvez lire dans "Projet Phoenix", un autre fil de ce Forum, ce que cette méthode permet de faire en environ 1/4 d'heure!
Inscrit le : 31 Mar 2007
Messages : 319
Localisation : battlestar phénix
Lun 14 Jan 2008, 13:21:29
Salut
c'est très intéressant ce que tu dit,est ce que tu travail dans le cinema? _________________
"Je sortirais d'ici vivant, même si je doit mourir!!!"
Homer J. SIMPSON
Inscrit le : 10 Nov 2007
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Lun 14 Jan 2008, 15:01:58
Non, je ne travaille pas dans le cinema.
Mais j'ai fréquenté quelques artistes; et comme pendant très longtemps, tout comme de nombreux visiteurs de ce Site, j'ai rêvé d'écrire de belles histoires pour les voir au cinéma...
Je suis passé par certaines étapes, jusqu'au jour où je me suis rendu compte que non, on n'écrit pas un scénario comme ça! Il faut d'abord se renseigner sur les métiers du cinéma, beaucoup se documenter, maîtriser au moins sa propre langue maternelle, puis se renseigner sur les méthodologies d'écriture...
Voiloù
Je souhaite beaucoup de bon travail aux amateurs que nous sommes!
Et quand je dis que beaucoup commence par la maîtrise de sa langue maternelle, cela veut dire que:
Les enfants sont toujours à l'image de leurs parents n'est pas la même chose que Les enfants sont souvent à l'image de leurs parents... Tu vois où je veux en venir?
Inscrit le : 10 Nov 2007
Messages : 325
Localisation : Bruxelles
Lun 14 Jan 2008, 18:56:29
Certains se demandent peut-être, "Mais comment faire en sorte que chaque scène ait réellement un rapport avec le "leitmotiv"?
Premièrement, un "leitmotiv" ne s'élabore pas à la légère, car vous verrez qu'il est réellement lourd de conséquences. Il doit être général tout en étant précis, et applicable à tous les protagonistes de votre histoire.
Prenons plusieurs exemples de scène de notre série préférée, en considérant que le leitmotiv de BSG 2003 serait "Les enfants sont toujours à l'image de leurs parents":
- Khara, Anders et les résistants se font attaquer par des Cylons. On relève que les Cylons développent une véritable stratégie (ils ne se contentent pas de tirer sur tout ce qui bouge, mais s'organisent), établissent des patrouilles, et font des prisonniers à toutes sortes de fins... exactement comme leurs créateurs!
- Le chef Tyrol et Boomer et ont une aventure "interdite", mais bravent quand même cette interdiction, avec toutes les conséquences plus ou moins funestes que l'ont sait... tout comme nos nombreux ancêtres l'ont déjà fait à de nombreuses reprises!
- ... faut-il encore donner des exemples?
Secondement, il faut garder à l'esprit que votre Leitmotiv va vous permettre de poser de nombreuses questions qui dépendront entièrement de lui, et vous permettront de garder une certaine cohérence. Chacune des questions issues de ce Leitmotiv vous permettra de construire une scène, ou même un épisode tout entier.
Ainsi, comparons les questions issues de deux Leitmotivs légèrement différents:
1: Les enfants sont souvent à l'image de leurs parents
--> Quand le sont-ils et quand ne le sont-ils pas?
--> Que se passe-t-il quand les enfants sont trop différents de leurs parents?
--> En termes d'évolution, les enfants trop différents de leurs parents souffrent-ils plus que les enfants à l'image de leurs parents?
...
2: Les enfants sont toujours à l'image de leurs parents
--> Ce rapport est-il une fatalité?
--> En quoi les enfants sont-ils toujours à l'image de leurs parents?
--> Quels sont les comportements des uns et des autres qui illustrent le plus cette affirmation?
Nous voyons donc bien en quoi structurer une méthode de rédaction simplifie énormément l'écriture et les recherches indispensables à l'élaboration d'une histoire.
Nous voyons également bien en quoi "splitter" une affirmation générale permet de découper une histoire en facettes interdépendantes, chacune de ces facettes étant à illustrer dans une scène par exemple...
Inscrit le : 10 Nov 2007
Messages : 325
Localisation : Bruxelles
Mer 05 Mar 2008, 18:30:03
Pour ajouter un principe certes rigide mais complémentaire aux méthodes indiquées supra, je décrirai brièvement la méthode du découpage en trois actes.
Partons d'un leitmotiv:
L'orgueil mène à l'autodestruction
Acte 1:
L'orgueil
Dans ce premier acte, sur base de votre synopsis et de vos fameuses fiches (que vous pouvez créer indépendemment de cette méthode de structuration), introduisez les personnages, leurs traits de caractères, et les situations qui illustrent ce que peut être l'orgueil.
Il s'agit d'une phase plutôt descriptive, qui vous permettra tout de même d'entreprendre une espèce de crescendo émotif.
Acte 2
Mène à
Effectuez la mise en situation concrète des personnages et de leurs défauts; confrontez leurs caractères aux événements qui vous permettront de faire passer le message global de votre message.
Acte 3
L'Autodestruction
Il s'agit là d'une espèce d'épilogue. Vous illustrez le resultat concret de la confrontation des personnages et de leurs caractères aux événements auxquels ils ont été soumis.
Il est évident que cette approche n'est pas forcément appropriée à l'élaboration d'une histoire à rebondissements, et répond mieux aux exigences d'un récit classique.
Notez que conceptuellement, ce "split" n'a rien à voir, ou presque, avec le découpage narratif type "introduction, corps et conclusion".
Rien n'empêche d'utiliser flashbacks et projections au sein de chaque acte, d'où la compatibilité effective entre cette approche et la méthode des fiches.
Quant à savoir si le rédacteur de ce fil est théoricien ou praticien... Je peux vous assurer que malgré une improductivité apparente, si besoin est... Moi aussi je fais attention à mes droits, mais pas trop... parce que, c'est vrai qu'il ne faut pas péter plus haut que son Q(I)...
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