Inscrit le : 17 Fév 2007
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Localisation : là où le ciel et la terre se retrouvent...
Dim 17 Aoû 2008, 21:03:44
Je ne sais pas si vous avez l'habitude de poster des fanfictions sur ce forum, mais en tant que grande fan de BSG, j'ai voulu vous faire découvrir l'histoire qui me travaille depuis que j'ai posté sur le sujet Si vous étiez un Cylon ?. J'espère vraiment qu'elle vous plaira.
Là où le coeur nous mène...
Froid... il fait froid... il fait si froid... du blanc... du blanc partout... à perte de vue... un univers aseptisé où chaque son résonne en un millier d'écho... résonne à tel point qu'on évite de faire le moindre bruit... une sensation de ne pas être en vie, d'être dans l'attente... l'attente de quoi d'ailleurs ?
Repoussant le sentiment d'oppression que je sens monter en moi, je m'assoie sur mon lit, couvert de draps blancs et je m'efforce de ne pas regarder les murs blancs immaculés... Du blanc à perte de vue... à tel point que ça en devient aveuglant...
Soudainement, je me lève, et je crie dans ma tête : "Je veux de la couleur ! Je veux un arc-en ciel de couleur ! Je veux de la vie ! Je veux être en vie !" Et je m'étire aussi profondément que possible comme si, en allongeant ma colonne vertébrale, je pouvais atteindre une autre vie, un autre avenir. Un sentiment de bien-être m'envahit soudainement, comme une certitude qu'il y a quelque chose pour moi... quelque chose qui m'attend... quelque chose qui remplira ce vide immense en moi et fera disparaitre à jamais ce blanc... Drapée dans cette certitude réconfortante, je laisse tomber le drap qui me servait de vêtement et me met à tourner sur moi-même, à esquisser quelques pas de ce que Boomer m'a dit être une 'danse'.
Malheureusement, un toussotement me ramène à la réalité et me fait me précipiter sur le drap que j'avais abandonné. M'entourant de cette légère protection, je cours me cacher derrière le paravent de ma chambre et jette à nouveau le drap pour passer mon jogging. En même temps, je réponds négligemment au bonjour implicite que ce toussotement sous-entendait.
"Je te croyais prête, sinon, je ne serai pas entré.
- Je m'en doute, Léo. Allons à la salle de bain, il est temps, sinon, nous serons en retard."
Je rassemble en vitesse mes vêtements pour la journée et, en passant à côté de Léo, je lui effleure doucement la joue, puis je continue mon chemin, tout en dansant. J'entends son rire léger me suivre et résonner dans le couloir.
Soudain, toute joie s'efface de mon coeur et de mon visage à l'instant même où l'une des Numéros 3 fait son apparition dans la coursive. Le blanc reprend le dessus soudainement, étouffant jusqu'à la plus petite parcelle d'allégresse dans mon univers. Elle s'approche de moi, me jette un regard hautain et lance, avec beaucoup de mépris :
"Bonjour, numéro 8. Dépêchez-vous où vous serez en retard !"
Je marmonne une réponse, le corps hérissé de frisson d'irritation, d'autant plus en l'entendant changer de ton pour adresser une salutation chaleureuse à mon compagnon de détente. Je fais mon possible pour garder mon calme, une pression de la main de Léo sur mon bras, m'enjoignant de m'y efforcer encore davantage.
Finalement, une fois la Numéro 3 disparue, mon coeur explose et mes paroles jaillissent sans que je puisse les retenir mais seulement atténuer la vigueur du ton de ma voix.
"Pourquoi fait-elle ça ! Elle le sait ! Elle sait que je déteste être appelé par ce numéro ! Je suis un être à part entière, pas un vulgaire numéro ! Si au moins elle m'appelait Sharon ! Mais même pas... à ses yeux, je ne suis qu'une numéro 8 parmi tant d'autres... une rêveuse, une dangereuse, une révoltée... mais je ne suis pas tout ça... ou le suis-je ? Ohhh Léo, si au moins je savais ce que je suis et surtout QUI je suis..."
Léo s'avance vers moi et pose sa main sur mon épaule en murmurant :
"Tu es mon amie, quelque soit le nom que tu veux porter. Tu es différente et donc un peu perdue... mais fais confiance à Dieu, il te guidera et te permettra de trouver ton chemin.
- Ai-je seulement un but à atteindre ?
- Oui, tu dois découvrir qui tu es vraiment.
- Léo, tu ne dis ça que pour me faire plaisir. Je sais que tu ne penses pas comme ça... alors pourquoi m'inciter à continuer ?
- Parce que je te connais, amie, et que je sais que tu ne seras jamais heureuse si tu restes anonyme et perdue dans la foule. Tu as besoin de ton individualité et si ce besoin est si profond, tu dois l'assouvir. Et ce, quoi qu'en pense les personnes autour de toi. Seulement, prends garde à ne pas trop montrer cette différence qui pourrait être fatale."
Je levais mes yeux vers Léo et compris une fois encore pourquoi je pouvais me confier à lui. Il ne jugeait pas, il ne condamnait pas... il ne faisait qu'aimer. Et tout, que ce soit son regard ou l'étreinte de ses doigts sur mon épaule, me prouver son attachement... attachement auquel il m'était impossible de répondre... Je lui souris tristement et repris le couloir vers la salle de bain.
La salle de bain commune... l'endroit que je détestais le plus sur tout le BaseStar. Moi qui était si pudique et si jalouse de mon indépendance, je ne supportais pas ce rassemblement de corps dénudés, cette promiscuité que je trouvais malsaine. J'attendais toujours le dernier moment pour m'y rendre, lorsqu'il n'y avait plus personne et Léo avait pris l'habitude de m'accompagner. Il faisait le gué devant la porte pendant que je me douchais. Ah, ce moment sacré qu'était la douche... ce moment où je laissais l'eau coulait à flot, comme si chaque goutte en coulant sur mon corps, entrainée avec elle ma peine, ma souffrance, mon sentiment de dégout et ma frustration.
Beaucoup de cylons m'avait reproché d'être trop sensuelle, trop 'humaine' dans ma façon d'agir et de ressentir... mais que pouvais-je en savoir ? Et que pouvais-je y faire ? Depuis ma création, quelques mois plus tôt, je n'avais jamais rencontré d'humains. Ma seule connaissance de ces êtres que nous combattions farouchement se résumait à un documentaire fait par une Numéro 3 infiltrée au sein de la flotte sous la couverture d'une journaliste, et les dires de Boomer. Je souffrais de ne pas en savoir davantage. Je faisais partie des Numéros 8, qualifiée de 'faible' par les Cylons gouvernant. Sans que nous ne comprenions pourquoi, deux de 'mes modèles', c'étaient attachés à des humains : d'abord Boomer, une cylon dormante qui était tombée amoureuse d'un humain mais qui avait du renoncer à son amour lorsque sa programmation avait pris le dessus et qu'elle avait tenter d'abattre le Commandant de la Flotte humaine, et un autre modèle, Sharon, qui avait été programmée pour être 'fécondée' par un humain et qui s'y était attachée au point qu'elle avait abandonnée volontairement ses 'frères cylons' pour faire partie de la Flotte humaine.
Chaque Numéro 8 était épiée de façon plus ou moins visible, la suspiscion de trahison planant constamment. Là, n'était pas mon problème. Je ne connaissais pas les humains et n'envisageait certainement pas de m'attacher à l'un d'eux, quoi que certaines descriptions faites par Boomer me troublaient au plus haut point. Ce qui me taraudait, était le fait que je voulais être moi et personne d'autre. Je ne voulais pas être jugée en fonction de 'mes modèles', ni en fonction de ma 'programmation'... je savais qu'il y avait tellement plus en moi... et c'était cette sensation qui me faisait si peur... la sensation d'inconnu qui emplissait mon coeur et mon esprit... la sensation que si je laissais parler un tant soit peu ce que je percevais en moi, ma vie en serait bouleversée à jamais et que mes repères et mon univers s'en verraient totalement détruits...
Je laissais là mes pensées et repris le cours normal de ma vie. J'étais passionnée par mon travail au laboratoire. Nous avions pris conscience qu'il était possible qu'une cylon porte l'enfant d'un humain : nous en avions la preuve avec Sharon. C'était un résultat très encourageant car il nous permettait d'entrevoir une solution au problème qui tracassait tous les chercheurs : comment faire en sorte que les cylons donnent la vie naturellement, selon la méthode voulu par Dieu ? Beaucoup d'essai de procréation in-vitro avait été tenté, mais aucun n'avait jamais été concluant.
J'étais persuadée, comme les vrais croyants, que la science n'était pas suffisante pour procréer, mais qu'il fallait un acte d'amour réel et sincère pour qu'une vie puisse voir le jour. Mais cette pensée provoquait beaucoup d'émoi chez beaucoup de cylons et particulièrement chez les scientifiques, aussi ne l'exprimais-je que très rarement. Je passais donc mes journées de travail à essayer de trouver une solution permettant aux cylons de créer une nouvelle génération plus forte et plus 'humanisée' grâce à la science.
Lorsque je quittais le laboratoire cet après-midi, là, je ne rentrais pas directement dans ma ‘cellule’. Je me dirigeais vers les quartiers de Boomer, bien décidée à lui parler le peu de temps qu’elle serait cantonnée à bord de notre BaseStar. Le cœur battant, je frappais à la porte et attendait la permission d’entrer qui me parvint après ce qui me sembla une éternité. J’avais beau être habituée depuis plusieurs mois que j’étais ‘venue au monde’, je ne me faisais jamais à l’idée de faire face à mon ‘double’. Boomer, quelque peu sur la défensive, me lança un bonjour assez froid puis, un sourire s’afficha sur son beau visage… mon visage…
« Ah, c’est toi ! soupira-t-elle. Je me demandais quand tu oserais venir me parler directement. Viens, assieds-toi. »
Je m’installais en face d’elle, sur ces fauteuils blancs, dans cet univers blanc… pourtant, la simple présence de Boomer réchauffait la pièce. Je savais qu’elle me comprenait sans même avoir besoin de parler. Là, à l’abri des autres, je sentis mon cœur fondre et, la voix émue, je murmurais :
« Parle-moi des humains… parle-moi de l’amour… parle-moi de… lui… »
Elle baissa la tête un instant pour me cacher le trouble qu’elle ressentait. Je m’attendais à ce qu’elle refuse ma demande, mais non… elle respira profondément et s’épancha, pour la première fois depuis son départ de Caprica, pour la première fois depuis sa ‘résurrection’.
« Les hommes sont capables du pire comme du meilleur. Ils peuvent donner leur vie par amour et en prendre une pour leur intérêt. Ils peuvent te caresser de la façon la plus douce et la plus tendre d’une main et te poignarder de la façon la plus sadique de l’autre. Ils aimeront leurs enfants jusqu’à la folie mais pourront tuer ceux des autres sans le moindre regret… L’humanité est la chose la plus complexe que je connaisse… mais aussi la plus merveilleuse. Je n’ai jamais connu de moments plus heureux que ceux que j’ai passé entouré de ma ‘famille’, mes amis. Ils peuvent désarmer ta peine d’un mot, te consoler d’un frôlement de main, t’encourager d’un regard… et tu te sens alors si forte, si précieuse, si aimée !… »
Je l’écoutais longtemps me décrire les qualités et les faiblesses de ceux que nous aurions du haïr puisque nous étions en guerre contre eux… mais plus elle me parlait et plus mon cœur battait pour cette espèce qui me paraissait si merveilleusement intéressante, si ambiguë, si torturée… Mais mon intérêt ne fut jamais plus éveillé et assouvi que lorsqu’elle parla de… lui…
« Il était doux, si doux… si fort aussi ! Nous nous voyions en cachette et chaque instant passé avec lui était un moment où je me sentais entière, sereine, vivante ! Si seulement tu pouvais connaître cette plénitude… Un simple regard de lui et j’étais illuminée de l’intérieur, j’avais envie de rire aux éclats et de pleurer de bonheur et de remerciement pour Dieu qui me permettait de connaître de telles sensations. Si seulement… si seulement je n’avais pas été une… si seulement l’on ne m’avait pas programmé… si seulement j’avais pu résister à l’ordre de tuer Adama… j’ai tiré sur l’homme que je considérais comme un père, comme un mentor, un homme qui m’a toujours acceptée et aimée, soutenue et réconfortée même parfois. Je n’oublierai jamais le regard de haine et de douleur qu’Il avait lorsqu’on l’a mit en cellule avec moi… Il ne m’aimait plus, tu te rends compte, il ne m’aimait plus… il était là, près de moi, à quelques mètres et je ne pouvais même pas le toucher… Et ce fou de Baltar est venu et lui a injecté ce produit capable de le tuer en quelques minutes pour que j’avoue combien il restait de modèle cylon… je l’ai pris dans mes bras pendant qu’il s’étouffait, suppliant ce chien de guérir mon amour, faisant du bouche-à-bouche pour qu’il ne m’abandonne pas… alors, j’ai cédé… Baltar a eu ce qu’il voulait et Il a été sauvé… Nous avons été conduit vers la nouvelle cellule et là… Callie, une amie fidèle, une jeune fille que j’appréciais énormément et qu’Il aimait beaucoup, m’a tirée dessus… je me sentais mourir et je n’y pouvais rien… mais alors, Il m’a prit dans ses bras et là, à cet instant précis, dans ses yeux, j’ai senti tout son amour, j’ai retrouvé le Galen Tyrol qui m’avait toujours aimée… et, alors que je lui disais ‘je vous aime, Chef’, je revivais les moments tendres que nous avions vécu ensembles… ses rires et ses taquineries, ses mots doux murmurés à mon oreille, ses mains sur mon corps, ses lèvres sur les miennes… Puis je me suis réveillée sur le vaisseau Résurrection et, lorsque j’ai pris conscience de tout ce que je venais de perdre, mon cœur s’est déchiré et je n’ai pu m’empêcher de crier ma peine… mais c’était trop tard… si tard… »
Elle ne put poursuivre son récit, des sanglots si longtemps réprimés la secouant à présent violemment. Je m’agenouillais devant elle et mêlais ses larmes aux miennes en lui enserrant la tête de mes bras. Je connaissais son histoire puisque chaque Numéro 8 en avait eu connaissance dans sa ‘programmation’, mais l’entendre me la raconter me bouleversait au point que j’avais l’impression de ressentir chaque événement, chaque peine, d’avoir versé chaque larme et connue chaque perte…
« Ne te laisse pas influencer, Sharon, me murmura-t-elle finalement… tu dois suivre ton chemin, trouver ta voie, être toi-même, coûte que coûte… ce n’est qu’à cette condition que tu pourras connaître les vraies émotions et le vrai amour. Tu as déjà commencé ton parcours… poursuis le toujours ! »
Ces phrases s’inscrivirent au fer rouge sur mon cœur et dans ma tête et je devais toujours m’en rappeler et m’en servir comme ligne de conduite. Je méditais toute la soirée sur la discussion que nous avions eu et je me rappelais le baiser très tendre qu’elle m’avait déposé sur mon front en me disant : « courage petite sœur, tu seras toi ! »
Je ne dînais pas ce soir-là, trop préoccupée par mes pensées. Je m’allongeais sur mon lit et, comme l’angoisse de cet univers blanc reprenait le dessus, je sortais de ma poche la photo que Boomer m’avait mise dans la main juste avant de fermer sa porte. Je n’avais pas osé la regarder encore, mais je sentis que c’était le bon moment. Elle représentait un paysage de Caprica baignée par un coucher de soleil d’une beauté magnifique… des couleurs ! des couleurs par centaines ! C’était l’une des seules choses qu’elle avait réussi à emmener avec elle lorsque nous avions quitté Caprica pour partir à la poursuite des humains… et elle m’en avait fait cadeau ! J’admirais cette image, m’inondant de sa lumière, me réchauffant à sa chaleur et à sa vie.
Soudain, ma décision fut prise ! Je me levais et aller questionner l’ordinateur central situé dans un coin de la pièce et lui demander de me fournir le plus d’information possible sur la culture des humains. Nous avions accès à ces bases de données, car comment détruire un ennemi que l’on ne connaît pas ? Je passais la nuit à me documenter, émerveillée de tout ce que j’apprenais, de plus en plus perplexe à l’idée de détruire une civilisation si développée et qui, apparemment, était plus soucieuse de se faire du mal à elle-même plutôt qu’aux autres…
Quand l’heure de me lever arriva, je n’avais pas bougé de devant mon ordinateur et j’avais emmagasiné assez de connaissance pour avoir compris que l’individualité n’était pas un mal en soi et que le communitarisme n’était pas forcément meilleur. J’avais étudié toute la mythologie des dieux, puisque Boomer m’avait dit qu’elle comptait beaucoup pour les humains. Je m’étais passionnée pour plusieurs personnages épiques, telles qu’Apollon, Athéna, Callypso, mais surtout pour Daphnée, une nymphe qui, pour échapper à l’amour d’Apollon, s’était changée en laurier… Aussi, sans réfléchir le moins du monde, lorsque Léo se présenta pour m’accompagner à la salle de bain et me lança : « Sharon, tu es prête ? », je répondis : « Daphnée… je m’appelle Daphnée. » _________________ Une attirance, ça ne s'explique pas... ça se savoure... ^_^
Les mots les plus extrêmes à dire ne sont pas ceux que l'on croit. Ce ne sont pas 'je t'aime', mais 'j'ai besoin de toi'. ^_^
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