Titre : Celia
Postée le : 11/01/2007
Catégorie : Drama
Auteur : Mara
E-mail : N/A
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Spoiler :
Cette fic se déroule entre le 2.09 et le 2.10.
Note tierce :
Aucune information supplémentaire de disponible.
Synopsis :
Elle met en scène un personnage que j'ai inventé, Celia Aldwin, que je considère un peu comme ma projection dans l'univers BSG. Elle vient des questions que je me pose sur les Cylons, et leur identité, et le fait que tous les personnages de la série les considèrent comme des machines...
Texte :
Celia Aldwin marchait dans les jardins du Cloud Nine, le vaisseau le plus luxueux de la flotte. Elle aimait sentir le Soleil sur sa peau, même si elle savait parfaitement que ce n'était qu'une illusion. Caprica lui manquait. Sa planète lui manquait, son jardin à elle, sa maison.
Celia était une jeune femme qui approchait (un peu trop vite à son goût) de la trentaine et était une psychologue émérite et respectée dans son domaine. Nombreux étaient ceux qui la considéraient comme une prodige, statut qu'elle avait du mal à accepter.
Ou du moins, avant l'attaque. Maintenant, en ce temps de guerre, qui avait besoin d'un psychologue? Bon, en fait, en y réfléchissant, beaucoup trop de monde, voire même, les trois-quarts des survivants, mais personne n'avait le temps pour se soucier de ça. De plus, Celia n'était plus sûre qu'elle serait compétente, elle même étant sous le coup du traumatisme de la perte de sa planète.
Lors de l'attaque des Cylons, Celia était sur le Cloud Nine, participant à une grande conférence sur la psychologie enfantine. Une nouvelle réunion était sur le point d'avoir lieu lorsqu'on avait annoncé l'attaque. Depuis, plus rien n'avait été normal. Elle vivait maintenant dans les quartiers qui lui avaient été assignés pour la conférence, c'était en quelque sorte sa nouvelle maison.
Elle eût un sourire ironique à cette pensée. « Sa » maison. Une chambre de treize mètres carrés, avec rien de plus qu'un tableau, mauvaise copie d'un artiste qu'elle ne connaissait pas, comme décoration. Ses photos lui manquaient. La photo de son frère, celle où elle était avec sa meilleure amie, même celle de son chien. Mais la photo qui lui manquait le plus, c'était la photo de famille, avec ses parents et son frère. Elle connaissait encore cette photo par coeur et, si elle avait eu le talent, elle l'aurait redessinée pour la garder près d'elle. Son père souriait, tout en tenant sa mère par la taille, et elle et son frère, qui n'avaient respectivement que huit et six ans, étaient assis devant leurs parents, littéralement morts de rire. Celia regrettait terriblement cette époque heureuse, loin de tout souci.
Enfin, en apparence. Lucius Aldwin avait travaillé sur le projet Cylon. Son père faisait partie de ceux qui avaient crée ces machines. Ces mêmes machines qui venaient de les chasser de chez eux et qui continuaient à les poursuivre dans le grand vide de l'univers.
À la fin de la première guerre contre les Cylons, lorsque les humains avaient finalement cru qu'ils étaient tranquilles, Lucius n'avait plus jamais été le même. Pendant la guerre, comme tous les scientifiques qui avaient travaillé sur le projet, il avait aidé à trouver des moyens de neutraliser les Cylons, mais après la guerre, on aurait dit qu'il portait un autre poids sur ses épaules. Enfin, c'est ce que sa mère lui avait dit. Celia étaient trop jeune pour avoir connu les Cylons pendant son enfance, mais elle avait toujours été intriguée par eux.
Le jour de ses dix-huit ans, la veille de son entrée à l'université, Celia avait eu une conversation avec son père. Comme elle ne le reverrait pas avant des mois (ils habitaient sur Canceron et elle irait faire ses études sur Caprica), elle lui demanda pourquoi elle le sentait si accablé.
Ils avaient passé toute la nuit à discuter et elle en avait appris plus sur son père cette nuit-là que pendant les dix-huit années précédentes. Elle avait compris que, comme tous les scientifiques de son équipe, il se sentait coupable car sa création s'était retournée contre lui et avait tué des êtres humains.
Mais il y avait autre chose. Lucius pensait profondément qu'ils avaient une responsabilité envers les Cylons. Après tout, ils étaient quand même leurs enfants, le fruit de leur travail. Il était honteux d'avoir joué si facilement avec la vie, pour ensuite rejeter si férocement ce qu'il avait créé.
« Nous n'aurions jamais dû faire ça. De quel droit avons-nous joué avec la vie? Ces... Ces êtres, que nous avons créés, ils se sont peut-être retournés contre nous, mais, pour autant, avions-nous vraiment le droit de les détruire? Et renier ce que nous avons fait? »
Celia n'oublierait jamais ces paroles. Elle savait très bien qu'elle manquait d'éléments, qu'elle n'avait jamais connu la guerre, seulement, depuis, elle n'a plus jamais entendu quelqu'un parler des Cylons comme s'ils étaient de simples boîtes de conserve, sans ressentir un certain malaise.
Le fait que les Cylons aient maintenant forme humaine rendait ses doutes encore plus persistants. Elle savait qu'à bord du Galactica, un lieutenant qui avait l'air de confiance s'était révélée être un Cylon et elle savait également d'un source assez sûre (elle avait pas mal de contacts dans la flotte) qu'ils avaient une autre copie de ce Cylon emprisonnée depuis que l'autre avait été tuée.
Depuis que la flotte savait que les Cylons pouvaient prendre forme humaine, un climat de suspicion s'était un peu installé. Bon, ce n'était pas vraiment une chasse aux sorcières, cependant, Celia avait remarqué que les gens avaient tendance à se refermer sur eux-mêmes. « Ce qui est la pire chose à faire », se disait son esprit de psychologue, « surtout dans cette situation de solitude ». Mais la peur avait pris le dessus et, mis à part quelques rares personnes, Celia ne parlait pas à grand monde non plus.
Elle savait qu'elle n'était pas un Cylon au fond d'elle. Elle avait aussi appris que le lieutenant Valerii avait commencé à avoir des doutes à propos de sa propre identité, ce qu'elle n'avait jamais vécu. Et puis, quel intérêt à avoir un Cylon-psychologue, surtout en ces temps de guerre ou les gens avaient tendance à ne plus vouloir s'arrêter sur leurs problèmes personnels?
Celia inspira un grand coup. L'air était respirable, mais on était loin de l'air pur qu'il y avait dans la maison de campagne de son enfance sur Canceron. Et surtout, le vent lui manquait. Les grandes bourrasques qui ébouriffaient ses longs cheveux bruns, au point qu'ils iraient dans ses yeux, cette sensation de liberté lui manquait plus que tout.
Leurs vies avaient bien changé depuis le début de la nouvelle guerre. Elle avait l'impression que sa vie n'avait plus de sens. Mis à part discuter avec quelques proches et passer ses journées à essayer de tuer le temps, les journées n'étaient pas très excitantes. À part, bien sûr, les nombreuses alertes d'attaque Cylon, les ordres de bond PRL venant du Galactica, mais elle préférait encore l'ennui au danger.
Elle continua sa promenade dans le jardin du Cloud Nine. Le Soleil brillait, mais en fait, il était cinq heures du matin. Celia en avait marre d'être enfermée dans sa cabine. Elle passait des heures, des journées dans sa cabine, elle commençait à en connaître les moindres détails, jusqu'au plus petit défaut dans le mur. Seulement, si elle continuait comme ça, ce sera les jardins qu'elle finirait par connaître par coeur.
Un banc se présenta, accueillant, « toujours le même en fait » se dit-elle, mais elle s'y assit et décida juste de profiter de ce moment de calme. Elle ferma les yeux, respira lentement, et se détendit, se disant qu'elle serait bien comme ça pour quelques minutes.
Quand elle rouvrit les yeux, il y avait une autre personne dans le jardin, une femme en l'occurrence. Cette femme portait un tailleur rouge bordeaux, elle avait des cheveux roux, portait des lunettes et avançait d'une démarche assurée. Celia n'en croyait pas ses yeux. Que faisait Laura Roslin, Présidente des colonies, debout, dans le jardin du Cloud Nine à cinq heures du matin?
Partie I : Laura
Sans vraiment vouloir s'en vanter, Celia n'était pas très impressionnée par la Présidente, car elle l'avait déjà rencontrée. En effet, Roslin avait connu son père, à l'époque où elle était Ministre de l'éducation. Son père faisait partie d'une commission qui avait pour but d'adapter l'enseignement de l'histoire au collège, en particulier la période concernant les Cylons.
À l'époque, Celia entamait sa deuxième année de psychologie. Elle avait suivi l'actualité, avant de pouvoir elle-même participer à une conférence qui donnait les conclusions de l'étude. Son père étant présent, il l'avait présentée à la Ministre et Celia avait eu l'occasion de s'entretenir quelques minutes avec elle. Bien sûr, la conversation était restée très formelle, Celia expliquant à la Ministre son désir de se spécialiser dans la psychologie enfantine et Roslin lui avait promis qu'elle garderait son nom en tête.
Celia avait alors continué ses études et n'avait plus jamais revu celle qui deviendrait la Présidente des colonies, jusqu'à l'attaque. C'est lors du Quorum of twelve qu'elle avait pu la revoir, puisqu'elle résidait sur le Cloud Nine. Lors de la soirée qui avait clôturé le Conseil, Celia avait eu l'occasion de voir en chaire et en os le Commandant Adama, le vice-président Baltar, mais surtout de revoir Laura Roslin.
Comme elle l'avait dit, Roslin s'était souvenue d'elle, s'étonnant un peu de la voir ici. Elles avaient discuté rapidement de leur « vie » d'après l'attaque, mais depuis, elle n'avait pas revu la Présidente.
Laura la remarqua et s'avança vers elle, en souriant.
« Docteur Aldwin, quelle surprise de vous trouvez ici...
- Je dois avouer qu'il en est de même pour moi, Madame la Présidente. »
Roslin sourit, puis demanda :
« Alors, Celia, comment se passe votre nouvelle vie sur le Cloud Nine?
- Eh bien... Déjà je me demande si on peut appeler ça une vie... Elle regarda la Présidente. Ma vie a-t-elle toujours un sens? Je veux dire, pour certains, comme vous, ou les hommes et femmes du Galactica, il y a toujours un but, mais pour nous, les civils... En plus, dit-elle en souriant, qui a encore envie de parler à une psy maintenant?
- Si vous croyez être inutile, vous êtes dans le faux. C'est encore loin d'être le cas... Et, pour être franche, je pense que pas mal de gens devraient venir vous parler. En ces temps de crise, tout le monde vit dans l'urgence et il y a maintenant trop peu de temps consacré aux problèmes personnels...
- Vous savez quoi, je suis totalement d'accord avec vous... Mais... elle secoua la tête, et soupira. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je regrette ma vie d'avant.
- Je crois que nous la regrettons tous, Celia.
- Vous voulez peut-être vous asseoir, Madame... »
Laura sourit et s'installa à côté de Celia, qui ne put s'empêcher de demander :
« Pardonnez-moi ma curiosité, mais... Que fait la Présidente des colonies dans les jardins du Cloud Nine à cinq heures du matin? »
Roslin la regarda d'un air intrigué, et répondit :
« Pour être franche, je ne sais même pas quelle heure il est exactement... Mais... elle marqua un temps d'attente, je suis ici car j'avais besoin d'un peu d'air, et le Cloud Nine est le seul vaisseau de la flotte qui nous fait un peu oublier cette impression d'être enfermé.
- N'est-il pas imprudent pour la Présidente des colonies de se balader seule?
- Ne croyez pas que je sois seule, mon escorte est là, quelque part...
- Oh, dit Celia en regardant autour d'elle. Dans ce cas, je crois qu'il ne vaut mieux pas que je m'approche plus près de vous... »
Roslin sourit.
« Oh, et pour répondre à votre question, il est exactement cinq heures dix sept, en tout cas, sur Caprica... Même si, ici, et en particulier sur ce vaisseau, l'heure qu'il est ne veut plus dire grand chose... On n'a plus de nuit, plus de jour, plus de Soleil. Sauf ici, où il fait jour tout le temps. Les seules repères qui ponctuent notre quotidien, ce sont les attaques des Cylons et les ordres du Galactica...
- C'est un peu ce qui se passe pour moi. Je n'ai plus aucune idée de l'heure qu'il est. Ma vie n'est plus ponctuée par l'heure, elle est ponctuée par les évènements, qui s'ajoutent les uns après les autres. Par exemple, je sais que dans quarante-cinq minutes je dois me rendre sur le Galactica, et que juste après j'ai une conférence de presse sur le Colonial One. Je fais ce qu'on attend de moi, et j'attends le moment où plus personne ne m'attend pour dormir, sans me soucier de l'heure qu'il est.
- Je comprends Madame, elle soupira. Seulement vous, vous avez encore quelques chose à faire. La plupart des gens ici... Sur le Cloud Nine, ils se lèvent parce que c'est l'heure de se lever et vont se coucher parce qu'apparemment, il est l'heure de se coucher. Et mis à part les alertes et les ordres du Galactica, rien ne vient déranger cette non-vie. »
Il y eut un silence. Les deux femmes regardèrent ce qui semblait être l'horizon, puis Roslin demanda :
« Pensez-vous vraiment que la vie n'a plus aucun sens?
- Pour être franche, je n'en sais rien. Vous savez, parmi les civils, beaucoup n'ont pas encore tout à fait réalisé que leur vie n'était plus du tout celle qu'ils avaient avant. Que tout ce qui semblait donner sens à leur vie est parti pour toujours. D'ailleurs, moi non plus, je n'ai pas encore totalement réalisé. Pour l'instant, on peut dire que ça va encore relativement bien, mais je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter pour le moment où la vérité nous frappera en pleine face. J'ai peur des réactions à ce moment-là, j'ai peur du désespoir qui pourrait s'en suivre. »
Les deux femmes se regardèrent. Celia eut un sourire amer, et continua :
« Vous savez, beaucoup se demandent : « pouquoi eux? » Ils se demandent pourquoi ils ont survécu, ce qu'ils ont de plus que les milliards d'âmes qui ont péri sur les colonies.
- Celia, pour l'instant nous vivons encore dans l'urgence, mais, si un jour, nous arrivions à trouver une planète sur laquelle reconstruire notre civilisation, voire même la Terre, à ce moment-là, chaque personne qui aura survécu aura son importance, car il ou elle sera l'un des derniers représentants de ce qui furent les douze colonies de Kobol.
- Ça ne répond pas vraiment à ma question : pourquoi eux? »
Roslin soupira :
« Je n'en sais rien, elle se tourna vers Celia, puis ajouta. Vous savez, je n'ai pas si bien connu votre père que ça et peut-être que vous n'allez pas me croire, mais, d'après le peu que je sais de lui, je pense qu'il aurait été fier de vous, de la manière dont vous prenez les choses.
- Sans doute... Elle inspira un grand coup. Vous savez, je suis contente qu'il soit mort trois ans avant l'attaque. Je ne sais pas comment il aurait réagi s'il avait vu ses créations revenir pour tous nous anéantir. Et j'ose à peine imaginer s'il avait été parmi la flotte... S'il avait découvert que les Cylons avaient pris forme humaine... elle hésita, puis tenta sa chance. Il n'aurait pas été d'accord sur la manière dont sont traités ces prisonniers Cylons. »
Roslin comprit le sous-entendu. Elle répondit :
« Quoi que vous en pensiez et quels que soient vos liens, ou votre histoire personnelle avec eux, n'oubliez jamais que ce ne sont que des machines.
- Justement, pardonnez mon impudence, Madame la Présidente, cependant êtes-vous absolument sûre qu'ils ne sont que des machines?
- Que voulez-vous dire par là?
- Je sais, de source sûre, qu'il y a une autre copie du Cylon appelé Sharon Valerii à bord du Galactica. Et je sais aussi, qu'elle est enceinte.
- Qu'est ce qui vous fait croire ça? Demanda la Présidente d'un ton tranchant.
- Avec tout le respect que je vous dois, je crois que vous et moi savons très bien qu'à moins d'être dans une dictature, l'information est quasi impossible à contrôler. Tenir la presse en laisse ne suffira pas pour empêcher des rumeurs de se propager...
- Comme vous l'avez dit, ce ne sont que des rumeurs...
- Certaines nous semblent plus fondées que d'autres et... Pour celle-ci en particulier, je suis persuadée qu'elle est vraie. Je le sais.
- Alors pourquoi me poser la question? Si vous paraissez en savoir autant que moi...
- Mais je ne vous ai posé aucune question, Madame la Présidente. Je tenais juste à vous faire remarquer que ces... « machines » comme vous les qualifiez, sont capables de donner la vie et même, qu'il y a apparemment interfécondité avec la race humaine. Cela ne fait-il pas d'elles plus que de simples machines?
- Leurs actions restent déterminées par un programme et elles n'ont pas de sentiments, juste un logiciel.
- Et alors? Cela ne compte pas... Un philosophe dont j'ai oublié le nom disait que l'une des seules différences entre le vivant et la machine, c'était que le vivant pouvait se reproduire lui-même. Apparemment, les Cylons à forme humains sont capables d'une telle chose.
- Celia, dit calmement Laura. Ce sont des machines.
- Permettez-moi encore d'en douter.
- Très bien, mais alors, que voulez-vous que l'on fasse? La voix de Roslin était calme, et son ton était doux. Que l'on tente de les intégrer à nous? Rappelez-vous, le Président Adar avait offert la capitulation des colonies et les Cylons ne nous ont même pas répondu.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Les Cylons restent nos ennemis, je ne remets pas cela en question et, en tant qu'ennemis, nous devrons sans aucun doute les détruire. Ce dont je doute par contre, c'est la manière dont on aborde ces ennemis. Et surtout les prisonniers. On les traite comme des machines, alors que, peut-être, il faudrait adopter une approche plus humaine.
- Celia, ils ne sont pas humains, malgré tout ce que vous voudriez croire.
- Je n'ai pas dit qu'ils étaient humains non plus. Ce sont des Cylons. Seulement, ils ont des sentiments, un libre arbitre. Sans doute est-ce le résultat d'un programme, mais après tout, le cerveau humain n'est qu'un ordinateur dont on n'a pas encore compris le fonctionnement... »
Roslin se leva, suivie de Celia.
« Qu'attendez-vous de moi exactement, docteur Aldwin? Pourquoi cette conversation?
- Je voudrais parler au Cylon appelé Sharon Valerii.
- Et pourquoi voulez-vous faire ça?
- Écoutez, Madame la Présidente, il faut que je tente d'éclaircir quelques zones d'ombres. Mon père aurait voulu le faire, je vais le faire à sa place. De plus, je pense vraiment que vous auriez besoin d'une approche moins militaire avec le Cylon. Je ne pense pas me tromper, quand je dis que personne ne va jamais lui parler, à part pour lui poser des questions d'ordre tactique...
- Et que voulez-vous faire?
- Parler avec elle. Tenter de comprendre ses intentions. Vous ne lui faites pas confiance, n'est-ce pas? Laissez-moi tenter de démêler le vrai du faux dans ce qu'elle dit.
- Et comment serez-vous sûre qu'elle ne vous ment pas?
- Parce que, que vous le croyiez ou non, mon expérience en tant que psychologue et mon implication personnelle dans l'affaire ne vont, non pas obscurcir mon jugement, mais le clarifier au contraire. Je vous ferais un rapport, peut être avec quelques recommandations. Mais vous n'aurez aucune raison de les suivre. Tout ce que je veux, Madame la Présidente, c'est présenter toute cette... affaire sous un autre jour... »
Roslin hocha la tête, et commença à marcher. Celia lui emboîta le pas. Après quelques secondes, Roslin déclara :
« Je veux bien vous accorder ce droit. Même si je ne sais pas encore quoi en penser, ce que vous dites mérite d'être approfondi. De plus, et vous avez de la chance, j'ai connu votre père et je dois dire que je l'ai un peu admiré. Seulement... »
Celia ne dit rien, se contentant de poser la question silencieusement.
« Ce n'était pas vraiment moi qu'il fallait convaincre, Celia. Le prisonnier est à bord du Galactica, et son statut relève plus du militaire qu'autre chose. C'est le Commandant William Adama qu'il va falloir convaincre.
- Mais... Vous, en tant que Présidente des Colonies, vous pouvez très bien le lui ordonner, non?
- Techniquement parlant, oui, mais je ne crois pas que lui ordonner une telle chose serait sage. Cependant, j'appuierai votre demande.
- Et... Comment dois-je m'y prendre avec lui?
- Je dois dire que c'est une sacrée personne. Je ne peux pas vous donner de conseil, il n'y a pas de comportement parfait avec lui. Vous allez devoir vous contenter d'être vous-même et de tenter de le convaincre. »
Celia hocha la tête.
« Juste une question... Je vous ai convaincue, Madame la Présidente?
- Je vous dirai ça quand j'aurai votre rapport sur mon bureau. Et après avoir visionné l'entretien, bien sûr.
- Très bien, répondit calmement Celia. Par contre.. euh... Comment je fais pour parler au Commandant Adama? L'avoir en ligne est quasiment impossible...
- Comme je vous l'ai dit, je suis attendue sur le Galactica. Je pourrais vous faire monter à bord, et je demanderai au Commandant d'écouter votre requête.
- Ah... euh... Très bien, répondit Celia. »
Elle suivit donc la Présidente à travers le vaisseau, monta dans sa navette, et s'installa. Elle regarda par le hublot, inspira à fond, en se demandant dans quoi elle venait de s'embarquer.
Partie II : William
Celia n'était jamais montée à bord d'un Battlestar. Et elle devait avouer que c'était bien plus impressionnant qu'elle ne l'avait imaginé. Elle suivait la Présidente, regardant de tous côtés, en faisant bien attention de ne pas se perdre.
Quand ils arrivèrent dans cette salle avec toutes ces consoles, ces écrans de contrôle, Celia eut du mal à contenir son étonnement. Elle savait que les Battlestars étaient puissants, que c'étaient des vaisseaux beaucoup plus perfectionnés que les vaisseaux civils, mais tout de même... Elle trouvait cela extrêmement impressionnant.
Le commandant Adama se tenait au centre de la salle, à côté du Colonel Tigh. Voyant la Présidente, Adama glissa quelques mots vers son second et s'avança vers elle.
« Cet homme dégage une présence incroyable » se dit Celia. S'il était vraiment contre son idée, elle aurait énormément de mal à le convaincre de la laisser parler au Cylon.
Elle resta un peu en arrière, ne voulant pas imposer sa présence, mais elle devait aussi avouer que c'était la première fois qu'elle s'approchait si près d'Adama et il était assez imposant.
Roslin échangea quelques mots avec le Commandant, ce qui en fait dura de longues minutes. Celia ne savait plus trop où se mettre, mais Roslin se tourna alors vers elle.
« Commandant Adama, je vous présente le docteur Celia Aldwin. Elle réside à bord du Cloud Nine et est spécialiste en psychologie.
- Ravi de vous rencontrer, dit Adama
- Il en est de même pour moi, Commandant, répondit Celia, d'une voix moins assurée qu'elle ne l'aurait cru.
- En fait, le docteur Aldwin aurait une requête à vous présenter, Commandant, dit lentement Roslin.
- Vraiment? Il se tourna vers Celia. Laquelle? »
Malgré tout son stress, et aussi mal à l'aise qu'elle soit, Celia se dit qu'elle devait saisir sa chance.
« Si vous voulez bien, Commandant, je ne préférerais pas vous la présenter ici, à cause de son caractère... Délicat, dirais-je. »
Celia lança un regard semi-implorant à la Présidente, lui demandant de ne pas la laisser seule avec le Commandant. Elle entendit pendant ce temps la voix du Commandant :
« Très bien, allons dans mes quartiers, Colonel Tigh, vous prenez le contrôle. Docteur Aldwin. »
Il regarda Celia puis commença à s'éloigner. Au grand soulagement de Celia, Roslin les suivait de près.
Ils arrivèrent dans les quartiers d'Adama, qui demanda :
« Très bien, maintenant que nous sommes ici, dites-moi ce que vous voulez. »
Celia prit une grande inspiration. Elle se dit qu'il serait peut-être plus pratique d'être directe et demanda :
« J'aimerais que vous me laissiez parler avec le Cylon appelé Sharon Valerii. »
Elle regretta presque ses mots, tellement elle était terrifiée par le regard qu'Adama lui lança. Roslin choisit alors ce moment pour intervenir.
« Le docteur Aldwin sait que ce Cylon est à bord du Galactica. Elle sait également qu'elle est enceinte, dit-elle simplement. »
Cela parut suffire à Adama, ce qui étonna énormément Celia. Apparemment, Roslin savait parfaitement comment s'y prendre avec le Commandant.
« Pourquoi voulez-vous lui parler? Demanda brusquement Adama.
- Je pense qu'il serait bon que quelqu'un essaie de comprendre ces Cylons à forme humaine.
- Vous voulez essayer de la psychanalyser?
- Non, juste lui poser quelques questions. Voir comment elle réagit. Voyez-vous... elle se lança. Je suis prête à parier que vous la traitez comme une machine, et je ne suis pas sûre qu'elle soit une simple machine.
- C'est un Cylon, docteur, elle n'est rien de plus qu'une machine. »
Celia soupira. Et c'est reparti pour un tour... se dit-elle.
« D'accord. Considérons que dans l'absolu que c'est une machine. Mais même si tout n'est que le résultat d'un programme, il n'empêche qu'ils se comportent comme des humains. Certains croient même qu'ils sont humains... Tout ce que je veux dire, c'est que même s'ils sont des machines, ils ne se considèrent pas comme tels. Vous n'obtiendrez pas grand chose en poussant quelqu'un vers quelque chose qu'il n'est pas, ou tout du moins qu'il ne pense pas être...
- Madame la Présidente? Demanda Adama en se tournant vers Roslin.
- Je pense que ce que dit le docteur Aldwin devrait être approfondi. Après tout, vous et moi avons très bien vu comment elle s'était comportée sur Kobol... Et, comme je vous l'ai dit, elle est persuadée d'aimer le lieutenant Agathon, ainsi que son enfant. Le plus important là-dedans, c'est qu'elle est en persuadée. Alors au lieu de renier ce qu'elle pense être, pourquoi ne pas tenter de rentrer dans son jeu?
- Elle reste avant tout un Cylon, Madame la Présidente. Peut-être qu'elle est persuadée d'être plus que ça, mais elle reste avant tout une machine. Elle prétend le contraire, mais comment sait-elle qu'il n'y a pas encore un autre programme implanté en elle?
- Commandant, elle a lancé un virus sur les Raiders. Je ne crois pas qu'elle l'aurait fait si elle n'avait pas bénéficié d'un libre arbitre.
- On ne sait jamais avec les Cylons. Ils avaient peut-être un autre plan, qui sait...
- Un plan qui inclurait la destruction gratuite de dizaines de raiders?
- On ne sait jamais, répondit le Commandant, en assénant chaque mot.
- On ne risque rien à tenter de lui parler. Le docteur Aldwin ne connaît rien du Galactica, et presque rien de nos défenses, alors il n'y a rien à craindre. De plus, ce modèle a été conçu pour prendre la place d'un lieutenant de la flotte, donc je pense qu'elle sait déjà tout ce qui serait utile. Commandant, on ne perdra rien à tenter autre chose avec elle... Ne laissez pas votre histoire personnelle avec elle vous empêcher de considérer une autre alternative... »
Celia n'avait rien dit pendant cet échange intéressant. Elle s'était toujours demandé comment la Ministre de l'éducation et le Commandant de la flotte coloniale avaient réussi à ne pas s'entretuer (quoique, c'était passé près, se dit-elle en repensant à l'épisode Kobol). La voix du Commandant la sortit de sa rêverie.
« Docteur Aldwin, qu'allez-vous faire exactement?
- Lui parler, lui poser quelques questions, tenter de voir ce qu'elle considère comme vrai ou faux. Je taperai également un rapport, avec mes conclusions et quelques conseils, elle regarda Roslin. Bien entendu, vous n'avez absolument pas à les suivre. Tout ce que je veux, c'est tenter d'introduire un autre point de vue ici. »
Un long moment passa. Il y avait une tension dans la salle et si Celia avait eu quatre ans, elle se serait sûrement jetée dans les jupons de sa mère.
« Très bien, déclara brusquement Adama. Vous pourrez aller lui parler. Mais pas avant d'être passée au détecteur Cylon.
- Bien entendu, Commandant, pas de problème. »
Celia ne savait pas s'il fallait se réjouir. Oui, elle avait obtenu son entretien, mais Adama n'avait pas l'air convaincu du tout.
Le Commandant soupira, et s'installa derrière son bureau. Il s'adressa à Roslin :
« Madame la Présidente, y avait-il autre chose dont je devais parler avec vous?
- Non, ce sera tout Commandant, répondit Roslin avec un sourire. J'ai d'ailleurs une conférence sur le Colonial One dans... elle chercha du regard une pendule dans le bureau. Exactement douze minutes. Donc, si vous voulez bien m'excuser, je vais partir avant d'être en retard... »
Adama acquiesça et Roslin quitta le bureau après un dernier sourire au Commandant, puis à Celia.
Celia, d'ailleurs, qui se demanda quoi faire maintenant et dit maladroitement en esquissant un geste vers la porte :
« Eh bien, Commandant, je pense que...
- Restez un instant, docteur Aldwin, la coupa Adama. Asseyez-vous. »
Celia s'installa dans la chaise face au bureau d'Adama, qui commença :
« Très bien, maintenant que toutes les formalités sont réglées et que vous allez avoir votre rencontre, dites-moi vraiment ce qui motive votre demande. Sans la partie je veux présenter un point de vue différent »
« Il est doué » pensa Celia. N'ayant pas le choix, elle commença.
« Avez-vous déjà entendu parler du docteur Lucius Aldwin?
- Je ne crois pas.
- C'était mon père. Il a travaillé sur le projet Cylon, il y a un peu plus de quarante ans. Après la guerre contre les Cylons, il a montré qu'il avait... Une opinion bien particulière sur les Cylons. Il disait que quoiqu'on en dise, ils resteraient nos créations et qu'il y avait bien un prix à payer pour avoir joué avec la vie, tout en voulant échapper aux conséquences.
- Vous faites ça pour vous, pour votre père, donc...
- Commandant, je crois que quoiqu'on en dise, presque tous nos actes sont dus à des motivations personnelles. Après tout, votre réserve par rapport à ma demande ne vient-elle d'une histoire personnelle que vous auriez eu avec ce Cylon? »
Elle fit d'énormes efforts pour ne pas faire la grimace. Elle savait qu'elle venait de poser une questions délicate... Et pas forcément le bon genre de questions à poser au Commandant Adama. Elle s'attendait presque à ce qu'il ne lui réponde pas et qu'il la vire de son bureau. Cependant, après avoir entendu ce qu'avait dit Roslin sur les sentiments personnels d'Adama, elle était trop curieuse pour ne pas demander. Malgré tout, elle mit toute sa volonté à soutenir le regard du Commandant lorsque celui-ci la fixa d'un air... Euh, menaçant était un peu fort comme mot, mais elle trouvait cela assez approprié.
Soudain, Adama baissa le regard, soupira et lui dit :
« Je ne répondrai pas à votre question, seulement... il la regarda fixement. Elle était un de mes pilotes. »
Il avait une fois plus asséné chaque mot de la phrase. Celia saisit à peu près ce qu'il voulait dire par là, et dit lentement :
« Je comprends. »
Ils se regardèrent pendant quelques secondes, puis Celia laissa échapper en soupirant :
« D'accord, vous voulez savoir ce qui me motive vraiment? J'ai grandi avec un homme qui vivait avec un fardeau que je n'arriverais même pas à comprendre. Il était rongé par la culpabilité, mais pas seulement envers les humains, aussi envers ses propres créations. Maintenant qu'elles ont pris forme humaine, je ne sais pas comment il aurait réagi. Peut-être qu'il aurait dit qu'il serait temps d'accepter le prix à payer...
- Docteur Aldwin, je ne pense pas que...
- Pas la peine Monsieur. Je sais ce que vous allez me dire. Les Cylons sont nos ennemis, ils nous ont exterminés, nous devons nous défendre à tout prix. Celia sourit. Je ne suis pas mon père, vous savez. J'ai été influencée par ses idées, mais j'ai aussi assisté à l'holocauste. Moi non plus, je ne supporte pas l'idée d'avoir tout perdu. Et moi aussi, je pense qu'il faut qu'on se défende à tout prix. Seulement, je dis juste, que si l'occasion se présente, comme ici, il serait dingue de ne pas tenter de comprendre ce qui nous a mené jusqu'ici. Je veux comprendre leurs intentions. Savoir ce qu'on a fait pour qu'ils pensent que nous méritons l'annihilation. »
Adama la regarda un instant, puis dit :
« Je comprends ce que vous voulez faire et je respecte vos intentions. Cependant, que tout cela soit clair, en aucun cas je ne m'engage à suivre, ou écouter ce qui sera écrit dans votre rapport.
- J'ai déjà dit que je ne m'y attendais pas. Même si je me permets quand même d'espérer qu'il changera un peu votre façon de voir les choses...
- Je vais demander à Baltar de tester votre échantillon en priorité. Mais le test va prendre environ dix heures...
- Cela ne me pose aucun problème, répondit Celia. Cependant... Pendant ce laps de temps... Je fais quoi?
- Aucune navette ne part du Galactica avant demain et je ne vais pas en demander une juste pour vous. Je vous donne donc un accès limité au vaisseau, et vous repartirez demain avec la navette. J'espère que vous pourrez parler au Cylon avant ce soir... En attendant... Vous pouvez peut-être aller à l'infirmerie, puisque vous êtes psy, allez rassurer les malades. »
Celia faillit sourire à ce semi-affront. Avant l'attaque, elle donnait de grandes conférences, son avis était écouté et respecté par toutes les pointures du domaine. Et maintenant, on lui demandait d'aller jouer les psychiatres auprès de blessés?
Le commandant commençait à se lever. Celia en fit de même et suivit Adama par la porte. Elle posa une dernière question :
« Où vais-je passer la nuit?
- Nous avons des quartiers réservés aux civils de passage sur le vaisseau, il interpella un soldat au passage. Conduisez le docteur Aldwin dans les quartiers des invités. »
Le jeune homme acquiesça, et Adama se tourna vers Celia :
« Vous serez prévenue dès que Baltar en aura fini avec le test. En attendant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai un vaisseau à commander, dit-il avec un petit sourire.
- Très bien Commandant... Et merci. »
Adama hocha la tête et s'éloigna.
Celia, quant à elle, suivit le soldat à travers le vaisseau, qui lui paraissait toujours aussi grand. Arrivée aux quartiers des invités, il la laissa et elle se retrouva seule dans une petite chambre. Ce n'était pas le confort de sa cabine sur le Cloud Nine, mais ce n'était pas une mauvaise chose, au moins, c'était un endroit nouveau.
Elle s'installa sur son lit quelques minutes, puis se demanda ce qu'elle allait faire de cette journée. Après tout, elle était sur un Battlestar, elle n'avait pas passer sa journée enfermée dans cette cabine triste et grise...
Elle se leva, décida d'aller faire un tour. Que voulait dire Adama quand il avait parlé d'accès limité? Elle sourit à cette pensée, et se dit qu'après tout : « Tant que personne ne vient me dire de dégager de là, ça veut dire que j'ai le droit... »