Un abbé devant la justice pour des brimades sur des élèves

Le procès de l’abbé Régis Spinoza, ex-directeur d’une école privée hors contrat, a débuté lundi devant le tribunal correctionnel de Bourges par une longue liste des violences et punitions infligées au sein de l’Institution catholique Angélus, aujourd’hui fermée. Humiliations, gifles, conditions d’hébergement «rudes», aliments périmés, bâtiments peu chauffés, corvées: l’ordonnance de renvoi lue par la présidente évoque des nombreuses punitions et violences, entre mars 2014 et la fermeture de l’école, en 2017. Au total, selon les enquêteurs, 51 élèves sur les 112 de l’établissement situé à Presly (Cher) auraient subi des violences.

Un enseignant, cité dans la procédure, évoque une «pédagogie de la trouille». Selon la multitude de témoignages d’enfants, mais aussi de professeurs et de bénévoles, les brimades étaient nombreuses au sein de l’institution, fermée depuis la mise en examen de son directeur en juin 2017. L’internat de l’Angélus accueillait des élèves de la primaire au lycée. Au menu des punitions évoquées: «l’Orangina» (élève secoué en le tenant par la joue), le «poireau» (élève laissé seul dans le couloir pendant plusieurs heures), le «bocal» (élève isolé dans une pièce vide), etc.

Catholicisme «traditionnel»

L’ancien directeur, qui s’est présenté en soutane au tribunal, est poursuivi pour des violences avec une ITT de plus de huit jours commises sur un mineur et pour des violences sans ITT commises sur plusieurs enfants. L’homme d’Église, tenant d’un catholicisme «traditionnel», selon son propre terme, encourt une peine maximum de dix ans de prison. Son casier judiciaire est vierge. Dès le début du procès, prévu jusqu’à mercredi, l’abbé âgé de 50 ans a reconnu «des gifles de manière accidentelle», assurant avoir demandé «pardon». «Ce n’est pas un acte de violence, c’est un acte d’éducation», a-t-il insisté, refusant toutefois l’idée de corrections «institutionnalisées».

Deux familles seulement se sont portées parties civiles, alors que l’instruction avait identifié 51 victimes. Outre l’abbé, deux autres surveillants de l’institution catholique, aujourd’hui âgés de 28 et 59 ans, se trouvent dans le box des prévenus pour des violences moindres. Dans un autre volet de l’affaire, l’ex-directeur est soupçonné d’avoir eu recours à du travail dissimulé au sein de l’établissement, notamment pour certains enseignants. La défense, elle, parle de «bénévolat» et «don de soi pour soutenir le projet».